chapitre I
" driiiiig …driiiiig " le téléphone retentit dans la pièce vide. Personne pour décrocher, alors un répondeur automatique se met en marche. Une voix féminine feutrée brise le silence :
" - Bonjour, vous êtes bien en relation avec la chambre d'hôtes de la rose des vents, aujourd'hui mes patrons étant absents, je me permets de vous répondre de leur part en vous demandant de laisser un message après le bip sonore. Toutefois, si c'est au sujet d'une réservation pour samedi prochain, sachez que je suis complète. Hélas ! Désolé de vous décevoir ; ce sera pour un autre weekend. Bye bye ! "
" bip, bip, bip "
Un instant de silence, un grésillement dans le haut parleur de l'enregistreur du téléphone, puis le correspondant au bout du fil, certainement très surpris d'entendre une soi-disant chambre d'hôtes lui parler, ne sait plus très bien quoi dire. Un toussotement, il se racle la gorge, émet un timide " bonjour madame " d'une voix d'homme, grave, hésitante. De nouveau silence, puis il s'engage tout-à-coup dans une cohorte d'excuses :
" - Désolée de vous déranger, excusez-moi de vous téléphoner à cette heure, mais je… "
A l'autre bout de la ligne, l'homme bafouille puis abrège subitement par un :
" - Oui, c'était pour réserver, mais comme vous n'êtes pas là, je rappellerai plus tard. Bonsoir… Ah ! Au fait, mon nom c'est jacques, Jacques Langlois, de Paris. Salutations. "
C'est comme ça toute la journée, tous ces mecs ou leurs nanas qui m'appellent pour me réserver, le temps d'un weekend ou pour quelques jours, dès que reviennent les beaux jours, ils se succèdent dans mes lits entre mes quatre murs.
C'est vrai, j'avoue que j'ai du succès, grâce à mon charme et mon environnement campagnard. Si vous saviez, j'en vois de toutes les couleurs, depuis dix ans que mes maîtres m'attribuent ce titre de chambre d'hôtes. D'ailleurs, comme les murs ont des oreilles, c'est bien connu, je vais vous restituer quelques petits secrets d'alcôves. Ne zappez pas, s'il vous plaît ! Restez avec moi